REVIEWS
The Grouch, Daddy Kev, D-Styles
Sound Advice
(Legendary)

Many props are due to producer Daddy Kev for getting Grouch to flow
spoken word style, sing and rap all on the same project! As a member of
the D.I.Y. kings of hip-hop, the Living Legends, the Grouch has
consistently dropped honest, bare bones music. Crossing paths with Daddy
Kev and DJ D-Styles on the short-runner Sound Advice, however, The
Grouch has walked through previously uncharted territory.
Anyone who's heard a Daddy Kev joint knows that this beat-maker doesn't
follow the same recipe for production each time around like some
do -- every one of his beats is tailor-made. That said, it's surprising to
hear The Grouch step to the mic on tracks that often sound like he's at
an open-mic night with experimental jazz artists backing him up. But as
The Grouch says on "Square One", "What we gonna give 'em? Something they
ain't used to..." You know?
The bizarre "Dollars For Not" is the perfect case in point. As Daddy Kev
produces an assembly of wild horns, pianos and drums going buckwild, The
Grouch unleashes his thoughts on the almighty dollar, spoken word style.
But despite the unorthodox approach, lyrically, it's still the Grouch.
You still get the simple yet well though out rhymes that Grouch fans are
accustomed to. Other off-kilter offerings include "All Gotta Live" and
"I Got Class" in which this Living Legend croons away.
In contrast the simple but infectious "Opening Spit" sounds like
something The Grouch would flow over any day. So does "Visibly Vocal",
where he says "My name don't fit me/kinda like a tight glove". The
Grouch actually spends a lot time proving that he's a happier person,
saying that these days he wears less of a frown. Sound Advice oozes
uplifting hymns that are likely to leave a smile on your face. As The
Grouch says prior to "Climax Cleverly", "Don't ever underestimate the
power of your voice/Makes you feel good right? Strong/Freedom of
expression is beautiful".
There is one missing link to this album though: as this project is being
sold as a Grouch, Daddy Kev and D-Styles collaboration, the talent of
Beat Junkies' D-Styles is left largely unused. While the few scratches
on this album are on-point and well placed, D-Styles' name shouldn't
have been on the front of this album if he wasn't going to be given more
opportunities to shine. Allowing DJs to really do their thing on hip-hop
records has become a rarity and this project doesn't help the cause.
When it comes to The Grouch and Daddy Kev, though, this is an unexpected
collaboration that lets both parties involved take risks and reap the
reward. This is Sound Advice you could use. -- HipHopSite.com
IN FRENCH: Alliance inattendue que celle qui voit aujourd'hui se réunir sur un même
projet The Grouch, Daddy Kev & D-Styles. Inattendue car The Grouch a
toujours eu une relation assez exclusive avec ses compagnons des Living
Legends lorsqu'il s'agit de se lancer dans des projets d'envergure. De
CMA à G&E, The Grouch s'est toujours entouré de ses proches et a voulu
garder le contrôle de la production, conscient de l'attachement de ses
fans à ses compositions particulières. Inattendue d'autre part car, si
Daddy Kev est adepte des collaborations, il ne s'était jamais lancé dans
une aventure longue durée avec un LL; cet honneur ayant jusqu'ici été
réservé à Awol One (et, dans une moindre mesure, Mikah 9). Alliance
inattendueŠ mais sacrément réjouissante pour ceux qui connaissent un peu
la carrière des différents protagonistes. Car, en y réfléchissant un
peu, le flow technique mais clair de The Grouch était peut-être ce qui
pouvait arriver de mieux à un Daddy Kev en pleine transformation...
Amorcée avec Slanguage, la métamorphose de Daddy Kev en apôtre d'un
jazz-rap d'un nouveau genre semble s'achever ici. Tout comme Slanguage,
Sound Advice s'écoute donc en grande partie comme une symphonie mineure
où les titres s'enchaînent le plus souvent subtilement, sans franche
séparation. Mais, ce nouvel opus s'avère bien plus abouti, équilibré et
enthousiasmant que son prédécesseur. Les imperfections des premiers pas
dans cette nouvelle direction artistique ne sont plus et Daddy Kev
maîtrise désormais parfaitement la partition qu'il a composée. Le
relatif fouillis et les temps morts de son dernier album avec Awol One
ont laissé place à un opus beaucoup plus court (21 mn) et dense,
débarrassé du superflu et des dernières barrières mentales. S'il démarre
en fanfare avec la symphonie de violons grandiloquente et accrocheuse de
'Square One', l'album se colore vite d'une teinte beaucoup plus jazz et
avant-gardiste. "Opening Spit" et sa boucle de violon entêtante laissent
ainsi rapidement la place aux furieuses envolées percussives et à la
contrebasse nerveuse de "Usually." Le paysage sonore se teinte dès ce
moment de subtiles touches évolutives. La contrebasse et des percussions
souvent en avant deviennent l'ossature rythmique principale qui conduit
le reste des instruments (voir "All Gotta Live"). Fleurant tantôt avec
le free jazz (le chaos d'un "Dollars For Not" où quelques notes de piano
aléatoires et un saxophone viennent se poser en toute liberté sur un
fracas de cymbales allant crescendo), tantôt avec un jazz plus posé
("Different Everybodys" et son piano discret ou encore "I Got Class") et
tantôt avec des structures rap plus directes (la petite merveille
mélancolique "Visibly Vocal" ou le piano imperturbable de "Climax
Cleverly"), Daddy Kev s'impose définitivement comme un des producteurs
les plus talentueux de la scène californienne.
A côté, le rôle de D-Styles parait beaucoup plus anecdotique que sur
Slanguage et, si son nom est cette fois-ci en haut de l'affiche, ses
apparitions sont pour le moins clairsemées. Son solo de "guitare" sur
"Square One" est magistral mais on ne le revoit malheureusement que très
peu aux platines. Tout juste notera-t-on sa présence discrète à quelques
endroits de "All Gotta Live" et "Opening Spit." Les turntablists seront
donc peut-être un peu déçus de ne pas avoir le droit de le retrouver
plus souvent mais il faut dire que son absence ne nuit aucunement au
projet dans l'absolu, tant les confections sonores de Daddy Kev se
suffisent à elles-mêmes... et tant la prestation de The Grouch est
royale.
Libéré de la nécessité de produire et de s'occuper de tous les aspects
de son projet, "réduit" au rôle de vocaliste pur et dur, The Grouch se
permet en effet d'expérimenter plus que jamais et de s'essayer à un
nombre inédit d'extravagances flowistiques. Jamais, de Don't Talk To Me
à Crusader For Justice, il ne s'était lancé dans tant de phrasés et de
concepts différents. Si on le retrouve par endroits avec le flow direct
et habité qu'on lui connaît, The Grouch est plus volontiers là où on ne
l'attend pas. Dès "Square One," il nous surprend en revêtant un flow
quasi-parlé ultra rapide pour nous détailler dans un jargon d'ingénieur
du son les différents éléments entrant en jeu dans la composition de ce
Sound Advice. Ailleurs, il n'hésite pas à chanter à travers un filtre
("I Got Class") après une séance d'abstract rhyming en bonne et due
forme sur "Nowadays." Pour refléter le chaos d'un "Dollars For Not" ou
d'un "Different Everybodys," The Grouch va même plus loin en récitant
ses phrases dans le désordre tel un Yoda des temps modernes. S'il est
plus aventureux qu'à l'habitude, il n'en reste pas moins ce emcee
honnête et franc qu'on aime tant dans les rangs des Living Legends.
Alors, lorsqu'il se livre un peu ("Opening Spit") ou se remémore
quelques moments forts de sa carrière mais aussi ses désillusions quant
à la nature humaine ("Visibly Vocal"), on est forcément touché. Brut de
décoffrage, le flot de mots est souvent ininterrompu et le rouspéteur ne
s'embarrasse pas de refrains inutiles, collant ainsi parfaitement à
l'anti-conformisme du projet. "Freedom of expression is beautiful"
lâche-t-il sur "Climax Cleverly"... et on sent en effet qu'il a pris un
authentique plaisir à être un des alchimistes de ces précieux conseils
sonores.
L'union de The Grouch, Daddy Kev et D-Styles fait donc comme prévu des
étincellesŠ peut-être même plus que ce à quoi l'on s'attendait. The
Grouch n'aurait pas pu mieux retranscrire l'impression qui se dégage à
l'écoute de ce projet lorsqu'il lâche sur "Different Everybodys": "Put
it together, like a puzzle, the pieces is fitting." Alors que Cosmic
Cleavage verra bientôt Daddy Kev et D-Styles s'unir à un nouveau
vocaliste de talent en la personne de l'extraterrestre Busdriver, ne
passez pas à côté de Sound Advice. Du pêchu "Square One" à la douce
"Exit," on est sous le charme... et vous le serez aussi. Equilibre rare
entre classicisme et innovation mais aussi entre nervosité et moments de
réflexion, Sound Advice est en un mot comme en cent une petite merveille
issu de l'esprit de 3 grands artistes de la west coast underground. En
tant que tel, Sound Advice est tout simplement une des toutes meilleures
sorties de cette année 2003. -- Cobalt, HipHopCore.net
IN FRENCH: Changement de casting pour la fine équipe Daddy Kev et D-Styles.
Coutumiers des collaborations fructueuses, de Souldoubt à Slanguage en
passant par Number 3 On The Phone et d'autres, le producteur et le DJ
ont troqué l'inénarrable Awol One contre un autre rappeur phare de
l'underground californien, à savoir The Grouch des Living Legends. Et ce
n'est pas juste histoire de. Dès le début, le MC l'annonce à grands
coups de violons, le trio s'est réuni pour nous apporter quelque chose
de différent.
Promesse tenue, et largement. Car sur Sound Advice, tout le monde se
lâche. The Grouch, rappeur habituellement linéaire, se découvre un flow
tout en fantaisies. D-Styles, fidèle au deejaying dément et panaché de
feu les Invisibl Skratch Piklz, est impeccable comme d'hab. Il est
d'ailleurs difficile de distinguer la part de son travail de celle de
Daddy Kev qui, connu autrefois pour ses beats assez convenus, semble
avoir perdu toute inhibition depuis l'expérience Slanguage. L'esprit,
les instruments et les libertés du free jazz qui ont fait la singularité
du dernier album d'Awol One sont d'ailleurs entièrement de retour sur
Sound Advice, les saxos fous reviennent, les pianos sont en délire, plus
personne ne sait trop où commence ni où s'arrête chaque morceau et le
rappeur s'accommode plutôt bien de tout cela.
En plus, et ce n'est pas la moindre vertu de ce mini-album, les affres
et les océans de circonspection encore laissés par l'écoute de Slanguage
nous sont cette fois largement épargnés. Est-ce que Sound Advice a
élagué les compositions superflues de l'autre album, ou est-ce que, plus
court, plus resserré, il en est devenu plus accessible, ses charmes plus
immédiats ? Peu importe la réponse, qui viendra en temps et en heure.
Seuls comptent pour l'instant les moments de jouissance dont, de "Square
One" au piano de "Climax Cleverly," Sound Advice est bondé.
-- Sylvain, POPnews.com
IN FRENCH: C'est avec surprise que l'on découvre cette nouvelle sortie de la plus
que jamais prolifique Californie. C'est en effet une alliance
inhabituelle que de voir réunis sur un même opus le «légendaire» The
Grouch des Living Legends et Daddy Kev, producteur à qui on doit
notamment les excellents Souldoubt et Number 3 On The Phone. La
présence du turntablist D-Styles, ayant collaboré à l'élaboration de
Slanguage, nous fait pressentir un mélange hip-hop jazz.
C'est immédiatement que l'effet Sound Advice se fait sentir, une envie
indéniable de bouger la tête s'empare de vous dès l'intro. Square One
ouvre le bal avec un The Grouch surprenant, qui nous gratifie d'un flow
plus technique qu'à l'accoutumée. L'ambiance classique et percutante
servie par Daddy Kev dans "Square One" et "Opening Spit" semble
l'inspirer. Mais c'est ensuite le jazz qui va nous suivre pendant le
reste de l'album. Et quel jazzm! Les lignes de contrebasse sont à la
fête, tantôt groovies ("All Gotta Live") et magnifiquement accompagnées
pas un piano terriblement efficace, tantôt agitées et à la limite du
free jazz ("Nowadays", "Dollars For Not").
Sound Advice fait preuve d'une grande homogénéité, mis à part le très
beau et mélancolique "Visibly Vocal" et sa structure plus traditionnelle
sur laquelle The Grouch s'en donne à coeur joie. On dirait que
l'infidélité faite à ses petits copains des Living Legends lui donne des
ailes et lui permet d'explorer des chemins qu'il n'avait jamais foulé
dans de précedents projets.
Sound Advice est un album indispensable dans lequel Daddy Kev se pose
comme l'un des meilleurs producteurs du moment en matière de hip-hop
teinté de jazz. Un seul reproche pourrait être fait, personne n'est
parfait, la durée: 20 minutes de cette qualité, ça passe vite et avec
des artistes aussi talentueux aux commandes, on aurait préféré attendre
un peu plus pour avoir un petit quart d'heure de plaisir supplémentaire.
Encore une sortie qui mériterait plus d'attention de la part des médias
et donc du public. -- Pierre, Bokson Hip-Hop
IN FRENCH: Annoncé comme un hommage au rock psychédélique et au free jazz, Sound
Advice s'inscrit dans la continuation de Slanguage: un concept album
qui simule une session d'improvisation de jazz. The Grouch discute et
nous fait quelques blagues entre les morceaux, il nous souhaite une
bonne soirée à la fin, tandis que Daddy Kev et le turntablist D-Styles
s'appliquent avec virtuosité à donner au sampler et aux platines la
spontanéïté des instruments traditionnels. Mais comme cette fois, le
maître de cérémonie est, justement, The Grouch, les producteurs ont
abandonné l'esthétique austère et minimale de Slanguage et s'adaptent à
la personnalité plus enjouée du "Simple Man" des Living Legends. C'est
la contrebasse qui porte presque tous les morceaux, et Daddy Kev s'en
sert en véritable virtuose, conservant tout au long de l'album le même
grain tandis que les mélodies évoluent pendant les morceaux : on
pourrait presque croire que c'est un musicien qui joue tant Kev fait
passer de personnalité dans ses samples. L'ambiance est donc plus
chaleureuse, les arrangements très propres et de bon goût nous placent
dans un confort plus douillet que l'univers déjanté et parano d'Awol :
ça s'écoute plutôt comme du Sonny Rollins que comme du Ornette Coleman,
plus comme du Beatnuts que comme du Company Flow.
Et la communication passe dans les deux sens: The Grouch se transforme
littéralement au contact des innovations de Daddy Kev. Jamais il n'a été
aussi versatile, passant du rap plutôt attendu de "Visibly Vocal" aux
chantonnements sous distortion de "I Got Class," au spoken word enragé de
"Dollars For Not" (une des réussites de l'album qui restitue l'énergie et
un peu de la violence d'une formation de free entièrement au sampler et
en moins de trois minutes). Même dans les morceaux où il ne fait que
rapper, il n'a jamais autant jonglé avec les tons, les rythmes, et
prouve qu'il n'est pas qu'un mec un peu simplet qui parle de ses
chaussures et de la paix dans le monde. L'album se finit sur le
judicieusement intitulé "Climax Cleverly," entraînant, funky mais propre
sur lui un peu comme la dernière partie du "Four Way Window Pain"
d'Existereo. Un classique ? Sans porter de jugement aussi catégorique,
il est certain que les 21 minutes de Sound Advice s'écoutent avec
plaisir du début à la fin, et la durée très courte de l'¦uvre ne fait
que renforcer notre impatience de pouvoir écouter Cosmic Cleavage,
l'album de Daddy Kev et Busdriver. -- Jeantu, West Coast Indies